LOGINChapitre 54AlexanderLes mots sortent de ma bouche comme un poison trop longtemps contenu, comme un abcès qu'on crève enfin après des années de souffrance silencieuse, et je sens un soulagement étrange m'envahir, un soulagement mêlé de honte et de culpabilité, de douleur et de libération. Livia est là, à côté de moi, sa main posée sur mon épaule comme un phare dans la tempête, et sa présence est la seule chose qui m'empêche de m'effondrer complètement, la seule lumière dans les ténèbres de cette cave où je viens de retrouver ma sœur après dix ans d'ignorance et de mensonges.— Je ne l'ai jamais revue, continué-je d'une voix rauque, une voix qui gratte ma gorge comme du papier de verre, une voix qui charrie avec elle toute la honte et tous l
Chapitre 53LiviaLes mots du Duc résonnent dans le silence de la cave, ils se répercutent contre les murs de pierre suintants d'humidité, ils s'accrochent aux piliers massifs qui soutiennent la voûte comme des toiles d'araignée tissées par le temps et l'abandon, et je reste immobile, debout à quelques pas de lui, les bras ballants, le cœur serré dans un étau qui comprime ma poitrine à chaque battement, à le regarder pleurer pour la première fois depuis que je suis entrée dans sa vie par effraction. Il pleure, le Duc d'Ashford, l'homme de marbre, le vengeur impitoyable, le maître de Thornfield que tout le monde craint et que personne n'ose approcher, il pleure à genoux devant cette femme qu'il vient de reconnaître après dix années de deuil et de solitude, et ses larmes, ces larmes qu'il a retenues pendant si longte
Chapitre 52AlexanderLe papier tremble entre mes doigts, les mots dansent devant mes yeux, « Aidez-moi », et cette signature, cette lettre E qui est comme une signature familière, comme un écho du passé, comme un fantôme qui revient me hanter après dix années de deuil et de solitude. La flamme de la bougie que Livia tient encore dans sa main vacille, elle projette des ombres mouvantes sur les murs de la cave, et je reste là, pétrifié, les yeux fixés sur ce morceau de papier froissé qui contient plus de vérité que tout ce que j'ai cru pendant une décennie entière. Ma respiration s'est arrêtée, mon cœur a cessé de battre l'espace d'un instant, et le monde autour de moi s'est réduit à ces deux mots tracés d'une main tremblante, à cette lettre E qui est la signature de ma s&oel
Chapitre 51LiviaLe Duc vacille, je le vois chanceler comme un homme ivre, comme un boxeur qui vient de recevoir un coup en pleine tempe et qui ne sait plus où il se trouve, et je sens mon cœur se serrer dans ma poitrine à la vue de cet homme si fort, si fier, si implacable, qui s'effondre devant moi comme un château de cartes balayé par le vent. Il ne me croit pas, il refuse de me croire, il s'accroche à ses certitudes comme un naufragé à une épave au milieu de l'océan, et je ne peux pas lui en vouloir, je ne peux pas lui reprocher son incrédulité, car ce que je viens de découvrir est si énorme, si bouleversant, si impossible, que moi-même j'ai du mal à y croire, que moi-même je me demande si je ne suis pas en train de rêver éveillée dans cette cave obscure qui sent la moisissure et le désespoir.
Chapitre 50AlexanderLes mots de Livia s'abattent sur moi comme des coups de massue, ils percent mes défenses une à une, ils pulvérisent mes certitudes, ils font voler en éclats le monde que j'avais construit sur les cendres de ma famille, ce monde de vengeance et de haine qui était ma seule raison de vivre. Une femme dans les souterrains. Une femme qui signe de la lettre E. Une femme qui se cache derrière Livia, recroquevillée sur une paillasse de paille moisie, et qui lève vers moi des yeux bleus que je reconnaîtrais entre mille, des yeux que j'ai vus sourire sur un portrait, des yeux que j'ai vus se fermer dans mon imagination le soir de l'incendie, des yeux que j'ai crus fermés à jamais, réduits en cendres avec le reste de son corps. Je pâlis, je sens le sang se retirer de mon visage comme une marée qui reflue, comme un fleuve qui remonte ver
Chapitre 49LiviaLa voix du Duc a claqué dans le silence de la cave comme un coup de tonnerre, elle a fait vibrer les murs de pierre suintants d'humidité, elle a fait trembler la flamme de ma bougie, et je me suis retournée pour lui faire face, le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine, les mains moites serrées sur le chandelier d'argent, mais la détermination plus forte que la peur, plus forte que la prudence, plus forte que tout ce qui aurait dû me pousser à me taire et à courber l'échine. Il est là, debout à quelques pas de moi, silhouette noire surgie des ténèbres comme un démon de glace, le visage à moitié éclairé par la lueur vacillante de ma bougie qui sculpte ses pommettes hautes et creuse des ombres sous ses yeux gris. Ses yeux gris, justement, ces yeux que j'ai appris à connaît
Chapitre 9AlexanderJe reviens dans la chambre une heure plus tard, comme je l'ai promis, comme je l'ai ordonné, et cette fois je ne suis pas seul. Gideon m'accompagne, silhouette noire et silencieuse qui se tient en retrait près de la porte, et dans mes mains gantées de cuir noir, je tiens le con
Chapitre 8LiviaIl est parti. La porte s'est refermée sur lui avec ce bruit sec et définitif que je commence à connaître, ce claquement de loquet qui est devenu la bande-son de mon cauchemar éveillé, et je reste seule dans la chambre glacée, debout près de la fenêtre ogivale, les doigts crispés su
Chapitre 7AlexanderLa question de Livia flotte dans l'air glacé de la chambre, et je la vois, cette femme qui me défie du regard malgré la terreur qui fait trembler ses mains, malgré la pâleur de ses joues, malgré les cernes violettes qui soulignent ses yeux verts et trahissent une nuit de larmes
Chapitre 6LiviaLe nom claque dans l'air glacé de la chambre comme un coup de fouet, et tout mon être se fige, se cristallise, se transforme en une statue de sel et d'effroi. Blackthorn. Ashford. Les deux noms sont une seule et même malédiction dans la bouche de cet homme, et je les reconnais avec







